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Conflits en entreprise ou pourquoi la guerre entre Français n’est pas déclarée

Quand la France est attaquée, cette dernière se soude contre celui qui cherche à la soumettre, qui veut égorger ses fils et ses compagnes. Il en va de même en entreprise : on résiste à des prédateurs, on défend ses parts de marché, on se coupe un bras pour rester en vie… Au final, peu importe l’issue du combat : défendre une cause donnera toujours du sens. L’âme d’un.e salarié.e qui se bat pour le bien n’est jamais perdue ad vitam aeternam.


Certes, les leaders politiques et d’entreprises sont toujours soumis à la tentation de mobiliser contre "l’ennemi", de mettre au pas des populations entières, pour prendre au passage, le jour J, les pleins pouvoirs. Temporairement… ou durablement ? hésite le NY Times.


A posteriori, déclarer la guerre est toujours sujet à controverse. Toutefois, au milieu de la détresse, un tel engagement belliqueux est rarement remis en cause. Ferai-je défaut à cette règle ?


Cette guerre sanitaire n’est pas pour moi le jouet d’un va-t-en-guerre qui souhaiterait imposer son worldview au reste du monde. Et si la côte de popularité de l’exécutif remonte, ce n’est pas le but recherché. Juste un effet collatéral.


Honneur aux médecins, infirmiers, soignants… ! Alors qu’hier ces derniers étaient parfois soupçonnés de jusqu’au-boutisme thérapeutique, ils payent aujourd’hui (littéralement) de leur vie et sont applaudis pour sauver nos vies. Une guerre dans laquelle les médecins sont au front et l’armée à l’intendance ? Les objecteurs de conscience n’ont jamais osé y songer même dans leurs rêves en pleine conscience !


Au final, cette guerre pour la santé a tout d’une guerre capable de nous unir contre l’adversité et l’absurdité d’un monde qui, il y a un mois, croyait dur comme fer que ‘progrès’ rimait avec "PNB".


A tous les dubitatifs, je demanderai : Qu’est-ce qu’un confinement de 4, 6, 12… 52 semaines dans une vie, s’il peut éviter la mort atroce de nos parents, enfants, frères et sœurs de cœur et de sang ? Mes feus grands-parents ont vécu pire. Et nos aïeux d’il y a 200 ans, jour pour jour, vivaient sous la terreur blanche, la censure et la restriction des libertés individuelles qui suivirent l’Empire.


A tous ceux qui n’auront pas perdu un kopeck en 2020, et qui proposeront de renoncer au matérialisme pour un monde plus solidaire financé par un emprunt d’État supplémentaire, je dirai :


Cette année, financez-le plutôt vous-même. N’oubliez pas que ce désastre économique fait déjà mordre la poussière à tous ceux qui dépendent de leur chiffre d’affaire pour loger, vêtir et nourrir leurs enfants. Soutenez les indépendants de votre entourage, eux qui comprennent plus que jamais pourquoi les économistes les surnomment "variables d’ajustement". Soyez en empathie avec les entrepreneurs ; ils ont de la graine à prendre des agriculteurs qui se voient de plus en plus contraints, avec le temps, de devenir des experts en demande de financements solidaires.


Heureusement, et comme le disait jadis le prêtre de mon église de quartier (quand elle était encore ouverte) : "L’argent est un bon serviteur, mais un bien mauvais maître". Alors, safety first et au diable l’avarice ! S’appauvrir n’est d’ailleurs pas fatal et le dénuement est glamour par les temps qui courent. Ma proposition ? Dénuons-nous tous ensemble, ici, maintenant.


Ce qui me préoccupe en revanche la nuit, c’est cette fameuse "guerre"… elle a un truc qui n’a l’air de rien mais qui peut faire un mal de chien : le coronavirus est invisible.


Il n’est pas un prédateur étranger qui nous permettrait de faire corps contre lui, en attendant de produire des anticorps. Une guerre sans ennemi extérieur qu’on peut détester, haïr, c’est un bug dans l’inconscient collectif guerrier d’une nation comme d’une entreprise. On a bien essayé de blâmer les chinois… avant que le virus ne passe par nos "Ardennes sanitaires" (i.e le manque de test de dépistage). Reconnaissons quand même la seule solution dans ce brouillard : assigner tout le monde à résidence. Et que personne ne bouge !


La télévision sème malheureusement les graines de la discorde en culpabilisant des soi-disant privilégiés et en décomptant le nombre d’amendes à 1 000 francs qui sanctionnent enfants, parents, grands-parents. Le risque de mutation de cette guerre "soudante" en guerre "divisante" est non nul. Rappelons que "gagner" une guerre civile, c’est perdre son âme. C’est faire du mal à ses alter égos qu’on croise dans le métro, au boulot, et peut-être au dodo.


Il n’est pas trop tard (heureusement) pour les médias, même les plus sociaux, pour nous donner une autre version du film. Un thriller plus éthique que l’épique "les bons, les méchants, les victimes, les héros"… En entreprise, quand il y a conflit potentiel ou avéré, on ne distribue pas comme à l’école les mauvais points, on restaure la confiance.  On réinsuffle de la cohésion là où les "diagnostics" les plus brillants ont surtout apporté des accusations.


Voilà quelques convictions chères à mon cœur et mon métier de consultant, qui pourraient nous inspirer dans notre réponse à cette crise :


1. Travaillons à reconnaître et à comprendre l’intelligence et la logique de l’autre. Particulièrement celui qui ne nous ressemble pas. Un comportement n’est pas stupide ni blâmable à priori. Et si nous voulons le changer, il nous faut d’abord comprendre son rationnel, le point de vue qui l’a motivé, sans le juger hâtivement et négativement.

a. Il est rationnel de stocker de la farine, de la levure de boulanger en campagne, du PQ en ville, quand la confiance est ébranlée dans la chaîne d’approvisionnement. Se crée alors, comme en entreprise, des stocks tampons.

b. Il est rationnel de se promener dans la nature au-delà d’un kilomètre, si cela ne met personne en péril et offre une soupape de décompression à la cocotte-minute familiale confinée.


2. Travaillons à déceler les intérêts (risques / pertes) individuels très différents de l’intérêt général. Reconnaissons à nouveau que les êtres humains sont intelligents, donc que les résistances aux comportements attendus sont logiquement explicables.

a. Un acteur qui risque peu à se déconfiner… tentera sa chance. D’ailleurs, la communication originelle sur l’invulnérabilité de nos cadets leur a justement laissé entendre qu’ils avaient peu à perdre personnellement à se déconfiner.

b. Un acteur qui a beaucoup à gagner à se faire contaminer… tentera également sa chance. Les articles qui bourgeonnent sur le potentiel "pass des immunisés", que ce soit en Allemagne ou en Italie, vont sans aucun doute pousser nos compatriotes les plus fatalistes à vouloir chopper le virus (et profiter à terme des libertés qui lui sont associées), en pariant que la France là encore suivra ses voisins.


3. Confrontons le prescrit à la réalité, sans jamais la nier. On reconnaîtra, le cœur brisé, qu’il existe des cas particuliers pour lesquels respecter la règle est plus dangereuse que la transgresser : violences conjugales, maltraitance infantile…


En conclusion, un regard reconnaissant plutôt que condescendant sur le comportement des autres permettra d’avoir des communications ciblées par population ; et pour chaque situation, une communication sur les canaux appropriés. N’oublions pas en effet que les moins de 30 ans ne regardent plus la télé. Et pourquoi ne pas combiner à cela une communication "Sentimentale" plutôt que "Maréchal" ? Oui ! je crois que c’est en avançant, pétris de bonté et d’authenticité, que nous produirons une France soudée plutôt que divisée pour la sortie de ce confinement.


Sentimentalement vôtre



Crédit photo : © Priscilla Du Preez/Unsplash

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