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Gouvernance, ou quand des PDG pourraient, en AG, dire "je t’aime" à leurs salariés

« Pour moi, Emmanuel Macron aurait dû parler au pays avec tendresse, les gens avaient besoin d'amour », a affirmé François Ruffin sur BFMTV le 13 avril en réaction à l’intervention du président. Aurèlie Casse, la journaliste qui l'interroge, ne le traite ni de naïf, ni ne l’accuse d’angélisme. Les sourcils froncés, sans même lui laisser lui laisser le temps de terminer, elle l’arrête pour demander « Pourquoi ? le Président n’aime pas les Français ? ». 

 

Mamma mia, en 30 secondes, le possible manque d’amour et de tendresse des dirigeants est devenu une question qui fait l’actualité. Le problème n’est pas tant le sujet que sa temporalité, car la saison des Assemblées Générales a déjà commencé. La saison des amours des dirigeants avec leurs actionnaires bien-aimés.


On me dit qu’au Medef on s’interroge sur le sujet : un tel reproche d’a-sentimentalité pourrait-il être opposé aux PDG ? Ou, au contraire, ces derniers éprouveront-ils tant d’amour pour leurs salariés qui ont travaillé d’arrache-pied pour produire les résultats de l’année qu’ils oseront déclarer leur flamme en pleine AG ? Surtout qu’Erik Leleu, l’ex-DRH du groupe Vinci, n’hésite pas à déclarer publiquement « il ne faut pas seulement respecter les gens, il faut les aimer : du président à l’ouvrier ».


Ce sujet est tout de même compliqué. Primo, aimer prend du temps. Secundo, les KPI de tendresse sont difficiles à trouver et aucun palmarès ne récompense le patron le plus aimant de l’année. Même Forbes ne s’y est pas collé. Tertio, les agences de notations extra financières, financées par des fonds d’investissements, considèrent que ce n’est pas moins rentable de noter la sentimentalité que l’ESG.


Pourtant, certains camarades PDG syndiqués au MEDEF auraient, parait-il, déclaré que si Ruffin n’avait pas totalement raison, il n’avait pas totalement tort non plus.  Année après année, les discours en AG sont plus froids que chauds, plus déprimants qu’inspirants. On y fait de la « pédagogie », comme si on n’avait rien compris et on parle de « diagnostics », comme si on souffrait de maladie. 


Alors qu’on s’apprêtait à enterrer ce sujet, une présidente qui gardera l’anonymat, mais qu’on surnommera Ariana en hommage à la dirigeante rencontrée dans un TGV, cria à pleine voix : « Et la tendresse bordel !!! C’est si compliqué, qu’il faut expliquer ce que c’est ? ».


Un ange passa dans ce cénacle très masculin qui cherche pourtant à développer son côté féminin. Un patron, fan de Pierre Reverdy, plus humain que ses prochains, ému par ce cri du cœur d’une consœur, demanda « Dis-nous Ariana, quelles preuves d’amours vois-tu dans les entreprises, par essence vénales et potentiellement a-sentimentales ? » Elle se lança

« Je crois que quand on aime une entreprise... on la rejoint, même si elle n'est pas a priori le meilleur parti. On lui reste fidèle, même si les chasseurs de tête nous disent que l'herbe est plus verte ailleurs. On se donne à elle sans compter, même si les heures sup ne sont pas payées. On la défend, même si elle n'est pas parfaite et même, on la pleure quand on part en retraite. »


Applaudissement dans la salle, les PDG adorent les salariés engagés. Emballé c’est pesé, passons à un autre sujet !


Mais Ariana regarde alors ses camarades PDG de ses yeux verts revolvers et demande : « Mais quelles preuves d'amour offrent nos entreprises en retour ? Comment aiment-elles autrement qu’en rémunérant ? Comment disent-elles je t’aime, au-delà des primes qui récompensent et des titres qui font ressembler nos cv à des pedigrees ? »


Face au silence de la salle interloquée, Ariana enchaine.


« Sans vouloir généraliser, je vais partager avec vous des moments où j’ai ressenti la vitalité d’être aimée en entreprise. J’ai aimé quand on a cru en moi au point de me donner des responsabilités professionnelles quand je n’en avais que le potentiel. J’ai aimé quand, en plus de la sécurité, on me donnait tant de libertés que j’en étais honorée. Je me sentais même obligée par la confiance sans être obligée par la contrainte. J’ai aussi adoré que les hommes et les femmes qui me manageaient aient aussi envie que je réussisse ma vie et pas seulement que je réussisse dans la vie. Ces entreprises aimantes m’ont offert plus qu’un ascenseur social, elles m’ont offert un ascenseur existentiel, elles m’ont permis de développer mon être et pas seulement mes avoirs.  Elles ont tant contribué à créer la femme dirigeante que je suis devenue aujourd’hui. »


Face aux visages circonspects, elle conclut : « Je nous souhaite à nous qui sommes « aux affaires » de ne pas nous cantonner à nos petites affaires, de servir plutôt que de nous servir.  Souvenons-nous que la tendresse est une grande richesse, alors longue vie aux Assemblées Générales où l’on osera déclarer notre flamme à tous les salariés qui ont contribué aux résultats de l’année. »


Sentimentalement vôtre.



Crédit photo : © ASTER pour L. Herman DR

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