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PS5, ou comment Sony a sublimé ses déboires en espoirs

« Papa, Sony a réussi ! La PS5 est en vente place d’Italie » me dit mon fils Clovis, le cadet de la fratrie. Cela fait des mois qu’il traque comment Sony fait face à l’adversité sur ce sujet. Rappelons que la PS5 a été « victime du succès » de sa stratégie de pénurie. À force de parier sur la rareté, on ne parle de disponibilités qu’en 2022 voir 2023. Et là s’ouvre un dialogue sentimental engagé par mon fils.


—  Que s’est-il passé pour que Sony trouve enfin le moyen de gagner sa partie face à la pénurie ?  


— Face aux vicissitudes dont les sentimentaux ont l’habitude, je crois que Sony a décidé, comme eux, de sublimer. 


— Sublimer ? Qu’est-ce que ça veut dire ?


—  C’est se comporter en amoureux.  Comme chez les amoureux qui subliment, Sony a transformé ses déboires en espoirs, car en amour comme en affaire, on fait souvent face à des vents contraires.


— Mais Papa, kesako que la fameuse sublimation de Sony ? 


—  C’est quand Sony a abandonné sa pulsion originelle qui consistait à faire la nique à la XBOX de Microsoft. C’est aussi quand Sony a dépassé son obsession pour les résultats financiers par un autre désir, celui de collaborer comme jamais avec son écosystème.  Cela n’a échappé à personne que depuis que la PS5 est à la peine, Sony décide de faire plus de bien à son écosystème.


—  Tu crois vraiment Papa que cela a été facile pour Sony de décider de continuer à supporter la gamme PS Vita et celle de la PS3, ou d’ouvrir leurs jeux aux gamers sur PC ? c’est rare de ne pas suivre son intérêt à court terme. 


—  Non pas facile, mais je crois que Kenichiro Yoshida, le PDG de Sony, pour marquer l’histoire et faire face à tant de vents contraires a déclaré à Jim Ryan le boss des Playstations : « Cessons de nous escrimer à ne recourir qu’aux méthodes d’hier qui ont fait surtout la preuve de leur limites et profitons-en pour amorcer un virage éthique dans le monde du ludique ». Il ajouta « Au diable, l’obsolescence programmée que les financiers (dont j’étais) nous recommandent d’amplifier, Jim s’il te plait garde la vente ouverte sur PS3 et PS Vita[1]. Osons aussi crier haro sur les incompatibilités entre versions dont nous sommes les champions et cessons de nous faire harakiri en restreignant notre monde aux seuls acheteurs de Playstation pour nous ouvrir aussi aux gamers sur PC ».


—  Mazette Papa, Jim a dû se demander quelle mouche Tsé Tsé avait piqué son CEO.


—  Oui, Clovis et Jim resta peut-être sans voix quand Kenichiro ajouta : « On va profiter des revers de fortune de la PS5 pour faire, comme l’Entreprise Sentimentale le prône dans l’Usine Nouvelle, plus de bien au monde grâce à nous que sans nous ! »


J’avoue qu’à ce moment-là de la conversation, Clovis me fit une confession en forme d’interpellation.


— C’est vrai que Sony avec sa PS5, comme dans Assassin creed est allé de Charybde en Scylla, comme dans les contes de fée que tu nous racontais Papa, et où tout tournait mal à la fin alors que chez ceux de nos copains, cela finissait bien !


— Mais Clovis c’est parce ce que je prenais leurs versions originales et non celles de Disney ! Et j’ai bien cru que Sony prenait le même chemin : privé de microcomposants essentiels, les sous-traitants de Sony ne la « calculaient plus ». Même le dérèglement climatique s’y est mis.  Le manque de pluie à Taiwan réduit les capacités de production des producteurs de semi-conducteurs.


Clovis curieux de nature continua de me questionner :


—Mais, crois-tu que le sort se soit ligué contre Sony, comme contre le Betamax et le DAT ? Et rassure-moi avec 10 millions de PS5 vendues, Sony est bien en train de gagner contre la mauvaise fée qui avait damné cette nouvelle née ?


— Oui, mais certains disent que des complotistes machistes ont lancé une malédiction contre cette console de salon à la taille fine et au port altier. Ils n’aimeraient ni sa beauté fatale, ni sa célérité brutale, car elle n’est pas seulement grande et belle la PS5… elle est aussi puissante, comme dirait Léa Salamé, qui doute certainement de l’égalité entre les femmes.

Clovis, enthousiaste  m’avoue un secret et m’en demande un en retour


—Tu sais papa, je croyais que tu m’avais menti et que le Père Noël existait pour de vrai car Michou le youtubeur à la voix de crécelle, la veille de Noël s’extasiait devant sa PS5 reçue gratuitement ! Et toi papa « tell me secret » tu n’as pas eu, dans ta jeunesse, un crush pour Sony ?


— Oui je dois t’avouer que Sony n’est pas, pour moi, n’importe quelle entreprise. Comme un premier amour d’été, elle m’a fait voir la vie en couleurs avec ses téléviseurs quand je ne la voyais qu’en noir et blanc. Puis ado, avec l’invention du walkman, elle a initié mon émancipation : elle m’offrait la possibilité d’écouter, où je voulais, mes playlists qu’on surnommait alors compilations.  Plus tard, elle inventa le CD pour me donner un avant-gout d’éternité mais oublia quand même de me dire que c’était fragile comme du vinyle. Et il n’y a pas si longtemps avec son RX 100 mon micro-appareil photo de pro je me crois doué des talents de Doisneau. Sony a, comme les entreprises qui ont une âme, la capacité d’augmenter mon élan vital. J’aime Sony comme Ludmilla ses 7 mariages, ce livre de Ruffin dont je ne voulais pas arriver à la fin. Elle n’a cessé de renaitre et revivre en moi quand je la craignais condamnée, terminée, même qu’on la disait perdue, elle a survécu.



Soucieux de conclure cet échange sur une note moins intimiste, j’ajoutais.


— Clovis, la sublimation des entreprises ouvre une troisième voie. Au lieu de renoncer ou s’acharner, elles peuvent sublimer. En sublimant, Sony ne jette pas l’éponge pour autant, elle ne se fait pas une raison, mais ne maudit ni le sort, ni les dieux, ni le destin, ni le Covid. Sony comme un amoureux qui sublime quand tout part en vrille, essaye de transformer son gadin en tremplin, ses déboires en espoirs. 


Ne perdant pas le nord dans cette histoire de soleil levant, Clovis insiste pour agir maintenant.


— Papa, la Fnac est encore ouverte alors on file avant que le stock soit épuisé car son karma pourrait tourner !

 

Sentimentalement votre



Crédit photo : © Sony

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