Et si le management à la française s’inspirait... des Bisounours ?
- Ludovic Herman
- 23 mars
- 3 min de lecture

À peine passés le 1er mai et ses cortèges de travailleurs à la fête, une info intrigante s’invitait dans le paysage médiatique français. Après France info, Les Echos nous alertait avec ce titre en forme d’oxymore : Les Bisounours veulent faire en force leur retour en France. Le journal économique indique que la marque née dans les années 80 a confié ses peluches à un nouveau licencié. Il lance une collection en ajoutant de nouveaux personnages aux classiques. La France serait une terre d’accueil privilégiée pour les Bisounours.
Cette annonce surprend des millions de travailleurs car, depuis la création des oursons dans les années 80, jusqu’à la CGT de Bernard Thibault, le RN de Marine Le Pen en passant par Éric Zemmour ou même les Républicains et le PS, les Bisounours sont régulièrement moqués, ridiculisés, méprisés. Nos leaders politiques et syndicaux, rarement d’accord, s’accordent autour d’un péril commun : le monde pernicieux des Bisounours. «Attention à ce trop-plein de bonté, cet enfer pavé de bonnes intentions», clament-ils à l’unisson depuis 40 ans.
Rappelons qu’au travail, être qualifié de “bisounours”, c’est d’emblée être disqualifié, discrédité, au mieux c’est inspirer de la pitié. Exclus des programmes de diversité et d’inclusion, les travailleurs bisounours restent des parias. On s’inquiète que sous leurs airs mignons ils soient porteurs d’une contagion redoutable : la croyance dans la bonté de la majorité de l’humanité !
Avouons qu’ils ont un chouia raison, croire en un monde que de bisounours, nous ferait courir le danger de se faire abuser, usurper. Croire qu’en des héros représentant des vertus comme la gentillesse ou la délicatesse nous conduirait à prendre le risque d’être déçu. Mais un monde du travail peuplé de davantage de bisounours serait-il vraiment moins performant, moins motivant, moins rayonnant ?
Nous en étions là de nos réflexions quand un partenaire de l’Entreprise Sentimentale nous interpellés : «Concrètement, pourquoi d’après vous les stratèges des Bisounours nous ont-ils choisis, nous les Français, comme leur cible prioritaire ? Pourquoi, alors que les Bisounours nous menacent insidieusement avec leurs bons sentiments, ont-ils décidé de revenir, en force, en France, maintenant ?»
Un silence se fit, un ange passa et un débat s’invita. Je vous le livre en version humaine, c’est-à-dire sans passer par la chirurgie esthétique littéraire artificielle de Chat GPT.
Parce que le peuple français est le peuple de Rousseau, parce que nous croyons dans la force des sentiments et que nous croyons que cette force ne s’arrête pas aux portes des entreprises. Parce que nous croyons aux vertus de bienveillance, de tolérance, de transparence et que nous les enseignons à nos enfants, déclara celui qu’on surnomme Bisou-philo dans notre équipe.
Pas du tout, c’est parce que le peuple français croit trop au père Noël providentiel. Acheter un bisounours à ses enfants est un moyen pour les parents de les vacciner. Une bonne méthode pour qu’ils se souviennent que devenir adulte, c’est abandonner ses illusions bisounours, devenir grand c’est retenir ses rires et ses larmes, c’est se défaire de ses illusions humanistes enfantines ! Tromper nos enfants avec des bisounours en peluche, c’est pouvoir les détromper plus tard quand ils entreront dans le monde du travail, déclare celui qu’on surnomme Bisou-psycho.
Je ne crois pas que ce soient ces raisons, déclare celle qu’on appelle Bisou-stratego. C’est parce que le marché français recèle du plus gros potentiel de profitabilité. Les stratèges nous ont benchmarqué et le rapport de 130 pages de l’IGAS a achevé de les convaincre que nous souffrons d’un déficit managérial d’ordre sentimental. Les bisounours vont être achetés par milliers, car la France manque des vertus managériales qu’ils incarnent !
Késako que cette analyse de l’IGAS, déclare en chœur notre collectif, la bouche en cœur, en dessinant un cœur avec les deux mains (ce fameux signe de reconnaissance secret des bisounours humains)
L’IGAS a pointé du doigt six vertus managériales, moins présentes chez nous que dans les pays concurrents. Pour rattraper notre retard en management, nous devrions étendre la participation des travailleurs, mieux reconnaître les efforts et les succès, développer l’autonomie au travail, le dialogue social, l’exemplarité managériale et la transparence dans la communication.
À la lecture des conclusions si convergentes de l’IGAS avec nos convictions, notre côté bisounours à ressenti une puissante émotion, «un feu d’artifice dans le cœur avec des papillons dans le ventre» déclare Bisou- émotion. Merci à l’inspection des affaires sociales d’inscrire noir sur blanc qu’un peu plus de Bisounours dans notre management est plus une opportunité qu’une menace pour les entreprises françaises.
Sentimentalement vôtre.




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